Paris s'endort,

Il faut être toujours ivre. Tout est là: c'est l'unique question. Pour ne pas sentir l'horrible fardeau du Temps qui brise vos épaules et vous penche vers la terre, il faut vous enivrer sans trêve.
Mais de quoi? De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise. Mais enivrez-vous.
Et si quelquefois, sur les marches d'un palais, sur l'herbe verte d'un fossé, dans la solitude morne de votre chambre, vous vous réveillez, l'ivresse déjà diminuée ou disparue, demandez au vent, à la vague, à l'étoile, à l'oiseau, à l'horloge, à tout ce qui fuit, à tout ce qui gémit, à tout ce qui roule, à tout ce qui chante, à tout ce qui parle, demandez quelle heure il est et le vent, la vague, l'étoile, l'oiseau, l'horloge, vous répondront: "Il est l'heure de s'enivrer! Pour n'être pas les esclaves martyrisés du Temps, enivrez-vous; enivrez-vous sans cesse! De vin, de poésie ou de vertu, à votre guise." Charles Baudelaire.

Macbeth

Etait-elle donc ivre, l’espérance dans laquelle vous vous drapiez ? s’est-elle endormie depuis ?  et ne fait-elle que se réveiller pour verdir et pâlir ainsi devant ce qu’elle contemplait si volontiers ? Désormais je ferai le même cas de ton amour. As-tu peur d’être dans tes actes et dans ta résolution le même que dans ton désir ? Voudrais-tu avoir ce que tu estimes être l’ornement de la vie, et vivre couard dans ta propre estime, laissant un je n’ose pas suivre un je voudrais, comme le pauvre chat de l’adage ?

David Lynch - Ghost Of Love

Blow-Up, Michelangelo Antonioni. 

Sébastien Tellier - Manty / sexuality

C’était le même soleil que le jour où j’avais enterré maman et, comme alors, le front surtout me faisait mal et toutes ses veines battaient ensemble sous la peau.

A cause de cette brûlure que je ne pouvais plus supporter, j’ai fait un mouvement en avant. Je savais que c’était stupide, que je ne me débarrasserais pas du soleil en me déplaçant d’un pas. Mais j’ai fait un pas, un seul pas en avant.

Et cette fois, sans se soulever, l’Arabe a tiré son couteau qu’il m’a présenté dans le soleil. La lumière a giclé sur l’acier et c’était comme une longue lame étincelante qui m’atteignait au front.

Au même instant, la sueur amassée dans mes sourcils a coulé d’un coup sur les paupières et les a recouvertes d’un voile tiède et épais.

Mes yeux étaient aveuglés derrière ce rideau de larmes et de sel. Je ne sentais plus que les cymbales du soleil sur mon front et, indistinctement, le glaive éclatant jailli du couteau toujours en face de moi.

Cette épée brûlante rongeait mes cils et fouillait mes yeux douloureux. C’est alors que tout a vacillé.

La mer a charrié un souffle épais et ardent. Il m’a semblé que le ciel s’ouvrait sur toute son étendue pour laisser pleuvoir du feu.

Tout mon être s’est tendu et j’ai crispé ma mains sur le revolver. La gâchette a cédé, j’ai touché le ventre poli de la crosse et c’est là, dans le bruit à la fois sec et assourdissant que tout a commencé.

J’ai secoué la sueur et le soleil. J’ai compris que j’avais détruit l’équilibre du jour, le silence exceptionnel d’une plage où j’avais été heureux.

Alors, j’ai tiré encore quatre fois sur un corps inerte où les balles s’enfonçaient sans qu’il y parût.

Et c’était comme quatre coups brefs que je frappais sur la porte du malheur.

Camus, l’Étranger.

No comment, Gainsbourg.

David Lynch. 

Fedor Dostoïevski, Crime et châtiment

-Non, non, Dieu la protégera, elle, Dieu…, répétait-elle hors d’elle-même.
-Mais peut-être n’existe-t-il pas, répondit Raskolnikov avec une sorte de triomphe cruel. Il éclata de rire et la regarda.
A ces mots un brusque changement s’opéra sur les traits de Sonia, des frissons nerveux la parcoururent. Elle lui lança un regard de reproche indicible, et voulut parler, mais aucun  mot ne sortit de ses lèvres, elle se mit brusquement à sangloter amèrement en couvrant son visage de ses mains.
-Vous dites que Katerina Ivanovna a l’esprit troublé, mais le vôtre l’est aussi, fit-il, après un moment de silence.
Cinq minutes passèrent. Il arpentait toujours la pièce, de long en large, en silence et sans la regarder. Enfin, il s’approcha d’elle, ses yeux étincelaient. Il lui mit les deux mains sur les épaules et fixa son visage tout couvert de larmes. Son regard était sec, dur et brûlant, ses lèvres tremblaient convulsivement… Tout à coup il s’inclina, se courba jusqu’à la terre et lui baisa le pied. Sonia recula pleine d’horreur comme si elle avait eu affaire à un fou. Et il avait bien l’air d’un dément, en effet.
-Que faites-vous ? Devant moi ! balbutia-t-elle en pâlissant, le cœur étreint d’une douleur affreuse.
Il se releva aussitôt.
-Ce n’est pas devant toi que je me suis prosterné, mais devant toute la douleur humaine, fit-il d’un air étrange, et il alla s’accouder à la fenêtre. Ecoute, ajouta-t-il, en revenant bientôt vers elle, j’ai dit tantôt à un insolent personnage qu’il ne valait pas ton petit doigt… et que j’ai fait un honneur à ma sœur, aujourd’hui, en l’invitant à s’asseoir près de toi.

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